“J’ai tout donné, mais j’ai dit stop”
Libreville, 14 avril 2025.
C’est une vidéo courte, intime, mais terriblement bouleversante qui circule depuis quelques heures sur TikTok. On y découvre la chanteuse Shan’L, plus connue sous le surnom de Shan’L La Kinda, chanteuse gabonaise emblématique, meurtrie, le regard triste, la voix tremblante, le visage marqué d’un bleu autour de l’œil, une blessure visible qu’elle évoque à demi-mot. Dans cette séquence, elle livre, avec pudeur mais détermination, l’envers du décor de son couple, mettant fin à des mois de silence sur les violences subies dans son foyer.
Elle y confie avoir enduré en silence, tentant de sauver son mariage, comme on le lui avait inculqué. “On nous met tellement la pression pour être mariées, pour réussir notre foyer, qu’on en oublie parfois de s’écouter…”, dit-elle. Elle évoque également des points de suture sur sa jambe, conséquence de l’une des agressions qu’elle a subies. “J’ai tout donné, j’ai tout fait, j’ai aimé profondément. Mais aujourd’hui, j’ai dit stop.” Des mots simples, poignants, qui résonnent dans le cœur de nombreuses femmes.
Un témoignage intime devenu message viral
La sortie publique de Shan’L, devenue mère il y a quelques mois, a provoqué un choc émotionnel et une vague de soutien sur les réseaux sociaux. Mais au-delà de l’émotion, elle pose une fois de plus une question de fond : en 2025, où en est-on réellement dans la lutte contre les violences faites aux femmes au Gabon ?
Malgré l’existence de lois, de campagnes de sensibilisation, de programmes d’accompagnement, les faits divers révèlent une réalité bien plus sombre. Depuis deux à trois ans, le pays est le théâtre d’une recrudescence des violences basées sur le genre. Il y a quelques semaines à peine, deux féminicides ont endeuillé le pays, mettant brutalement en lumière l’ampleur du fléau.
Le mariage ne doit plus être une prison
Le témoignage de la chanteuse sonne comme un appel à la lucidité pour de nombreuses femmes, souvent éduquées à voir dans le mariage une finalité sociale, voire une réussite personnelle. “Le bonheur conjugal, oui. Mais jamais à ce prix-là.” Son message est clair : l’amour de soi, l’autonomisation, le développement personnel doivent être les piliers fondamentaux de toute vie de femme. Sans cela, trop nombreuses sont celles qui s’exposent à des situations de violence, de dépendance ou de silence imposé.
Encore trop de silences, encore trop de drames
Au Gabon comme ailleurs, le tabou autour des violences conjugales persiste, particulièrement chez les femmes publiques, contraintes par leur image, leur notoriété, ou la peur du jugement. Shan’L a choisi de briser ce silence. Et ce faisant, elle ouvre la voie à d’autres, celles qui n’osent pas encore parler, celles qui vivent encore sous emprise.
Son témoignage n’est pas qu’un fait d’actualité : c’est un signal d’alarme. Il rappelle l’urgence de poursuivre les actions de terrain, de renforcer les dispositifs de protection, et surtout, de changer les mentalités.
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La Rédaction – La Voix des Femmes
14 avril 2025